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Les premiers bateaux à naviguer sur le Léman ont été des pirogues monoxyles apparues au Néolithique entre 5'500 et 2'200 avant J.-C, entre 7'500 et 2'200 BP. Le temps de travail nécessaire à la fabrication d’une de ces embarcations était très important et par la-même leur nombre a toujours été ainsi très limité. Le plus ancien bateau du Léman aujourd'hui attesté est une de ces pirogues monoxyles, lancée autour de 3'100 BP et sans doute disparue dans un naufrage devant Morges.
Le bateau gisait dans la vase, légèrement au large des restes de la cité lacustre dite Grande-Cité elle-même un peu au large de Morges. Grande-Cité a été occupée à l'âge du bronze final, vers 1031 avant J.-C. de façon certaine, selon la seule datation dendrochronologique faite. Grande-Cité est à une centaine de mètres au Sud de la station Vers-l'Eglise, elle aussi occupée à l'âge du bronze final. Ces deux établissements lacustres sont pratiquement similaires à la nuance près que la première phase d'habitation de Vers-l'Eglise remonte, elle, au Néolithique final, entre 4'900 et 4'700 BP. Au Nord-est de Grande-Cité, une troisième station, la célèbre station Les Roseaux, est née au bronze ancien. Les datations dendrochronologiques réalisées sur ses pilotis indiquent que le village Les Roseaux a été occupé au moins à huit reprises, pendant l’âge du bronze ancien, entre 1'776 et 1'600 avant J.-C. Les maisons étaient aménagées sur la bande littorale émergée, libre de végétation, en bordure d’une forêt riveraine composée essentiellement de saules. Près d’une vingtaine de cabanes étaient alignées en retrait de la ligne de rivage. Comme c’était le cas au Néolithique, les planchers sont légèrement surélevés, pour parer aux crues saisonnières du lac. Une dernière phase, plus limitée, de la station Les Roseaux est située au Bronze final, en 1055 avant J.-C. d'après la datation dendrochronologique.
Cette pirogue, taillée dans un seul tronc de chêne, était déjà connue au début du XIXème siècle. En 1823 elle a été victime d'une tentative maladroite de renflouage par quelques jeunes qui ont voulu sortir de l’eau ce qu’ils appelaient un bassin de fontaine ; la pirogue se brisa en deux, une moitié a coulé sur place, l’autre laissée à l’abandon sur la rive s'est rapidement désintégrée dans l’indifférence générale.
F.-A. Forel, en accord avec le conservateur du Musée cantonal d’archéologie de Lausanne, Troyon, choisit de maintenir immergée la moitié encore conservée par le Léman de la pirogue lacustre, dans l’attente de pouvoir la transférer un jour au Musée vaudois. C'était sans compter avec une expédition genevoise conduite par Georges Berthold, François Dunand et Daniel Volliet, le 7 novembre 1877. Ce jour-là, l’épave est chargée dans une caisse à bord du Cygne (qui éperonnera le Rhône le 23 novembre 1883 entraînant dix personnes dans la mort), et la précieuse pirogue est immédiatement livrée à Hippolyte-Jean Gosse, conservateur du Musée archéologique de Genève. Sommé dès le lendemain par son collègue de Lausanne, Morel-Fatio, de rendre sans délais l’objet volé, Grosse refuse. La bataille juridique se termina le 19 mai 1880 : pour une somme de trois cents francs (une, très longue, journée d'un ouvrier valait environ cinq francs), le Docteur Gosse acquiert l'épave pour en faire don au Musée archéologique de Genève. Traitée avec les seuls moyens disponibles alors, huile de lin, colle, armatures métalliques, quelques pièces de bois de renfort, enrobée de goudron, la pirogue est aujourd'hui encore le trophée d'un acte de piraterie des salles du Musée d’art et d’histoire de Genève.
Le très soigneux et précis travail de datation de Jean Tercier, du Laboratoire romand de dendrochronologie, a permis de dater le dernier des cent vingt-trois cernes de croissance conservés du chêne de la pirogue au printemps 1'126 avant J.-C. Avec la prise en compte de l’aubier et de l’écorce, les experts s'accorent à penser que l’embarcation a été façonnée à partir de 1'106 avant J.-C.
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